02 mars 2008
Le comédien
Cette odeur de peinture fraîche et de poussière m’est familière et rassurante. Dans un vieux théâtre de Paris, c’est le premier personnage qui m’a séduite, le rêve qui m’a ensorcelée, sa peau bronzé, ses yeux vifs et sa maîtrise parfaite d’une langue élégante et sensuelle, les mots sortaient de sa bouche longs, vibrants, chantants, vivants, ils imposaient rien, ils exigeaient rien, ils étaient là et je les ai suivis. Après la répétition, on est allé boire un verre, j’aimais pas ses amis, car chacun cachait sa vérité derrière des mots faux et mesquins, il s’est pris la tête avec l’une d’eux, il est resté plus d’une demi heure à lui expliquer comment elle devait faire les choses, je suis restée clouée dans mon petit coin s’ennuyant à mort, me posant des questions pour essayer de comprendre ce que je foutais dans ce bar pourri avec des inconnus dont la présence m’est étrangement proche et étrangère, je commandais un martini, puis un deuxième martini pour cacher ma déception pour cette soirée ratée que je n’oublierai jamais de ma vie, j’appelais mes amis cherchant en vain une bouée de secours, mais personne n’était là, chacun était perdu dans un coin de Paris en train de chercher une raison quelconque à son existence. Je rentre chez moi lessivée, après deux verres de martini, un mojito et deux verre de vin blanc, n’ayant qu’une seule envie, dormir. Une semaine après, il m’a offerte des fleurs magnifiques que j’ai accrochées sur un petit tableau pour rendre hommage à cette première impression fausse et effrayante, je découvre après un être sensible et sensuel, et à travers des doux moments passés ensemble, je commençais à croire à ma belle étoile, je me sentais comme gratifiée, comme avoir reçu un cadeau par erreur, comme si je tenais dans la main un billet de loterie qui pourrait changer ma vie, dire que ça pourrait être possible me rendait folle de joie.
Après un mois, je recommence à revoir en lui la personne du bar qui râlait pour dire comment je dois faire les choses, je sens que ma présence lui est pesante et totalement gratuite. Son univers m’engloutit et me repousse à la fois, un univers sourd et aveugle et c’est moi la comédienne maintenant, mais je suis une comédienne malheureuse et l’odeur de peinture fraîche de poussière m’étouffe…
04 avril 2007
le goût de soi...
Ma passion exorcisée en jet d’encre sur une vielle feuille
nymphomane, le verre de vin brillant à la couleur du jour gris, le pain aux
figues confies, dernière invention de la grosse boulangère, le repas carnivore
et le steak saignant sentant la mort…mes pleurs déchirant une nuit orageuse, la
main grande de mon mari qui s’approche dans le noir pour mieux serrer les fantômes
d’un passé récent… la circoncision d’un converti de mauvaise foi qui me fait
marrer « il ne pourrait plus rien faire, on lui aurait tout enlevé, il
aurait juste un trou pour pisser »… « C’est déjà pas mal » j’ai
dit en regardant Najat folle de rage de m’entendre parler avec une indifférence
glaciale de son futur mari…
Le médecin chinois qui pue de la gueule qui me dit que je
suis en parfaite santé, mais qu’est ce qu’il connaît aux maladies de l’âme ce
mangeur de grenouilles pisseuses…la télé qui montre des loups chassant en
troupe et la proie fragile tombant dans des marécages fébriles…ma sincérité
idiote et mon idiotie de femme inculte trébuchant dans le monde impardonnable
d’adultes malintentionnés…la nostalgie inconnue à la vigne sainte du moyen âge
et mon obsession d’une longue fugue…
Heureusement que dans mon couple j’ai toujours gardé des
facettes enfouies, un petit coin où me ranger un petit jour poussiéreux…je
savais qu’il ne fallait pas tout révéler même si on était bercé par un amour
enivrent…L’amour est un pacte avec le diable, une fleur vampire qui ne fleurit
qu’une fois nourrie d’un sang artériel rouge et battant, vidé de notre sang on
ne ressemble plus à rien, on est bon à se faire larguer comme une merde un beau
jour suicidaire…la télé montre un vieux tigre mais ses yeux pâles brillent
toujours d’un éclat perçant…
Ma vie en tourbillon et mes nuits rimées de positions meurtries
afin que mon corps s’épuise dans un long sommeil confisquant mes morceaux de
rêves cauchemardesques…ma petite nouvelle robe rouge que je ne met qu’en
cachette car elle met mon homme en colère, « on dirait une p… » « C’est
la mode chéri, et puis je l’ai payé très cher »…
Mon dégoût total parsemé par des corses d’orange chocolatés,
mon ennui calmé par des sucreries bon marché
achetées chez un vieux marchand voulant s’en débarrasser, j’ai payé 2 centimes
le lot de 6 sachets, je les aimes bien mes sucreries, il y a des petits ours de
toutes les couleurs, des petits œufs, des petits crocodiles, j’aime prendre à
chaque fois une de chaque couleur, mais j’ai une préférence particulière pour
le rouge…
Mon moment propice de solitude où je me bourre la gueule
avec des mots appétissants d’écrivains inconnus, entrecoupés d’intervalles de fumée
café, toute en savourant le passage de tabac goudronné dans mes petites
bronches espiègles…
Mon mari qui fait attention à ne pas me mettre en colère
pour que je ne pique pas une crise d’asthme encombrante, mon talent d’actrice le fait croire en une
maladie mensongère, ma respiration devint haletante, mon souffle court, mes
yeux gros ouverts, et des sifflements qui sortent d’une bouche contrariée, la
ventoline à porte main le pchtttt….le ouuuufff…et la reprise d’une respiration
plus lente, plus calme…mon mari se fait avoir, il croit que je consulte un
médecin pour ma maladie, mais j’en profite pour voire mes amis d’insouciance,
de picoler avec eux, le soir quand je rentre je mâche des mentos comme une
vachette affamée, je me brosse les dents à la pâte au fluor, je me mets sous
une douche froide, je bois un long café
noir bien corsé, et je me met à lire…en rentrant il me fais un bisou sur le
front je m’étire comme une chatte et ça l’excite, il m’embrasse et il dit que
ma bouche à un goût bizarre je rattache ça aux médicaments, il a l’air de me
croire et je compose avec lui des nouveaux jeux d’amour…
11 février 2007
La colombe...
Il n’y a pas de très cruel qu’une douleur survenue pendant
la nuit, seule, à crier au secours mais personne n’écoute, j’en voulais à tout
le monde, je tournais en rond, je mordais mes manches, j’invoquais ma mère et
je criais, j’avalais presque inconsciemment tous les cachets que j’avais, je
voulais juste que ça se calme, j‘en pouvais plus, j’ai vécu ça comme une injustice
et j’ai pensé à ma petite existence…
Le lendemain je n’allais pas bien, j’avais mal partout et il
y avait des compresses sur le sol souillées de sang rouge, ma chambre sentait
la mort et le moral était à zéro, je me suis habillée n’importe comment et je
suis allée aux urgences, mon état psychologique était fragile et j’étais prête
à craquer à n’importe quel moment, j’ai pleuré comme une enfant quand une
infirmière demandait le motif de mon arrivée, elle m’inscrit et pris mes constantes, m’installe dans un
boxe en attendant un médecin…durant ce temps, le téléphone sonne, c’était le Maroc,
on m’annonça la naissance d’un petit bébé, c’était une cousine qui venait
d’accoucher…la bonne nouvelle me faisait encore du mal vue mon sal état…je
m’allongeait sur le brancard ne pensant à rien, laissant couler des larmes
chaudes sur mon visage desséché…
Un médecin m’examina, me parla, me rassura tout en exprimant
une inquiétude : vue tes antécédents familiaux, je préfère que ça soit
bilanté chez un gastro-entérologue, il faut éliminer une rectocolite hémorragique…
Je sors des urgences de lents pas, il n’y avait personne
pour m’accompagner, je prends le métro et vais pour travailler, il faut bien
que je bosse pour payer mon loyer même si j’étais malade…
Vers deux heures du matin, j’entends la porte qui s’ouvre,
c’était lui, je le regarde ivrement, je me rendors, c’est moi qui l’ai
embrassé, puis je me suis retournée vers le mur, j’ai dû entendre quelque chose
du genre : viens là ma puce…mais je me suis éloignée…il sortit très tôt,
vers 5h du matin, je faisais semblant de dormir…
A 7h du matin mon portable sonna, c’était ma mère, on pleurait
toutes les deux au téléphone, ce n’était qu’elle qui pouvait me sentir dans ce
cas, et prendre soin de moi…
Encore en ce moment je me sent seule et désespérée…la
maladie détruit et fait mal, elle frappe sans pitié, mais le fait de tomber
malade peut être la goutte qui fait déborder la coupe, je ne me suis jamais
sentie sans valeur comme en étant malade, livrée à moi-même dans un moment où j’ai
besoin qu’on prenne soin de moi, aspirée et bouffée de l’intérieur par les gens
qui m’entourent, j’ai l’impression que tout ceux que je rencontre sont des
pervers sadiques…
Les idées noires me revisitent, et l’idée d’une mort
paisible me berce, je pense à elle plus qu’autre chose en ce moment, c’est très
cruel le monde, très injuste, perversement injuste au point que la fin se
présente comme un début de vie promoteur…
27 janvier 2007
multiples facettes d'amour...
J'ai perdu un amour Janvier, sa mort brutale et douce m'a
anesthésiée davantage, je n'ai pas assisté à son enterrement, je voulais
continuer à croire en sa présence, je m'enterre dans des sensations négatives
et les gens qui m'entourent ne m'aident pas, persécutée par leur langues
venimeuses, charcutée par leur mauvaises pensées, et bon Jésus était mort pour
moi...
Je cherchais un petit coin sécurisé où je pouvais avoir une chaleur dénudée de
tout intérêt d’ici-bas et c’est ainsi que le soufisme m’a séduit, j’ai fait
confiance à un choix ancien et apparemment réfléchi, je me suis laissé bercer
par les mots poétiques du coran, même ceux qui parlent de châtiment, et je
pleurais de larmes chaudes, je ressentais l'amour orphelin enveloppant mon
petit coeur… L’amour charnel avec sa fluctuante sensation de sécurité et de
tendresse, son ardente sensation de passion et son plaisir fougueux m’ont fait sortir du cercle des pieux pour me
balancer vers la volonté d’inventer la vie...je me suis retrouvée donc enceinte
d’un enfant que j’aurais aimé appelé Yahya mais que j’ai décroché avant qu’il
ne s’enracine dans mon endomètre... vidée de mon sang qui n’est autre que mon
enfant liquéfiée par une charge hormonale, le fantôme de mon père et des gens que
j'aurais pu aimer habitaient mes nuits froidement cruelles... Dans le couloir
de l’hôpital sordide de la banlieue parisienne je ne cessais de balancer des "je
t'aime" à un inconnu longuement invoqué...je me suis retrouvée par la
suite dans un lit lourdement immobile, clouée par des injections diaboliques à
cause de mon délire qui partait dans tous les sens…les regards ronds et
inconnus ont poussé loin jusqu’à oser me voir comme une dingue confirmée…je
suis sortie détruite de cet expérience amoureusement hostile ne reconnaissant
plus la tendre "Souad" qui est sensée m'habiter et qui devait être
moi…je me suis enfermée chez moi dans ma chambre de bonne, au 6ème
étage d’un quartier parisien pierreux et je me suis faite livrée des bouquets
de roses blanches comme les aimaient Souad, tendres et fragiles et d'une
blancheur limpide, fanant très rapidement mais qui laissant un souvenir subtile…je
voudrais retrouvée la petite Souad adorée, longtemps disparue, mais elle n’est
pas revenue, je voulais lui faire un doux bisou sur son front fatigué et la
couvrir de pétales comme princesse empoisonnée, je voulais partagé avec elle mon
morceau de pain, je voulais tout partager avec elle-même mon linceul…mon linceul
qui sentira la bonne terre de Taroudant, la terre modeste et patiente, la terre
souffrante humidifiée par larmes des vierges veuves attristées par le mauvais
temps et le départ prématuré d'un amour fidèle dans sa nuit de noces...je
voudrais lui dire que comme elle, je pense aussi souvent que je peux à la mer
d'Agadir sauvagement tendre, perlées de coquillages berbères et d'une beauté majestueusement
orgueilleuse...je voudrais lui dire que même après son départ son amour restera
dans le coeur et dans la mémoire...
07 janvier 2007
MoRcElLeMeNt de quarantaine
Je m’appelle Nadine, je viens d’avoir 40ans, je suis
assistante de direction dans une société de télécommunication, je ne vais pas
bien ces derniers temps, j’ai des
bouffées de chaleur, je me sens extrêmement angoissée, j’ai l’impression que ma
tête s’étire. La semaine dernière, la nuit de mardi à mercredi, j’ai eu une insomnie terrible, j’avais la tête pleine mais en
même temps j’avais cette impression de tête vide, j’avais l’esprit renversé, et
je sentais de la moisissure en moi, j’avais des fourmillements, et je sentais des
attouchements au niveau de mon sexe, j’avais l’impression de suffocation, je me
noyais dans le vide, j’ai pris un couteau pour faire fin à tout ça mais je n’ai
pas pu, je me suis sentie rejetée de la mort.
Devant la glace, je ne suis plus moi-même, j’ai des petites
rides au coin des yeux. Sous la douche, ce corps n’est pas le miens, c’est une
chose qui m’habite et bouffe mon vrai âme, ce corps est un démon qui suce ma
moelle et dévore ma jeunesse.
J’ai toujours mal à la tête, je m’allonge pour que ça sorte,
mais le corps-démon me pince le cœur et me noue le ventre.
Le corps-démon est un homme, une présence masculine qui me
pompe, qui me viole constamment, c’est une fatalité, il était toujours en moi,
mais il n’a osé s’amplifier qu’après mon passage à la quarantaine. Avant 40ans,
j’étais moi à 90% mais là je ne le suis qu’à 10%, il m’a bouffée tout mon
espace intérieur, il ose même me demander des choses vulgaires, des choses que
je rattache à mon beau père qui était alcoolique et qui battait ma mère.
Mon corps dans la vapeur du sonna est un vieux corps flasque
et rempli d’alcool, j’ai eu une absence douloureuse où j’ai rêvé de mon beau
père qui me poursuis.
Depuis l’apparition de ce corps en moi, je n’arrive plus à
travailler, à me concentrer, j’ai des trous de mémoires et j’ai envie de me
replier sur moi-même, j’ai perdu le contact avec mes amis à cause de cette
histoire. J’ai l’odeur de l’alcool tout le temps dans le nez.
J‘ai très mal à la tête,
j’ai l’impression que ma tête sera écrasée par le poids de ce corps-démon
rempli d’alcool, qui n’a pas de forme humaine et qui me contrôle.
01 janvier 2007
Chocolat...
Ça fait 3 ans que tu m’a quittée, je ne cesse de ruminer ton
choix de mourir, j’en ai jamais parlé à personne, bien que je suis bavarde,
j’ai gardé la peine à l’intérieur de mon cœur, j’ai porté cette peine et j’ai
pensé à toi. Cher ami bien adoré, ça aurait été si beau si tu restais encore là.
C’était ma mère qui m’avait annoncé la nouvelle de ton
suicide, je suis restée figée, muette, assommée, personne n’était au courant
pour mes sentiments pour toi…
Je t’aime mort, et j’aime la mort parce que tu l’as choisi,
seulement je n’ai pas le courage pour te rejoindre, tu me manques dans mes
nuits froides bien que mes draps enveloppent des hommes qui n’ont su jamais te
remplacer …
Ta mort rajoutée à celle de mon père m’était invivable. J’ai
pris des amants après toi, mais personne n’a su te remplacer dans mon cœur, je
les largue souvent pour des raisons futiles…
Tu avais de beaux yeux, et tu me regardais tendrement, tu
m’invitais au café du canal pour boire un chocolat chaud, tu m’offrais des
petits coffrets que tu m’apportais de Paris, mon premier baiser était un baiser
chocolaté, et j’en avais partout, on s’est bien marré, à mes yeux tu étais mon
homme, j’étais ton rayon de soleil comme tu me surnommais…tu m’emmenais en week-end
très loin, très haut, vers les hautes montagnes de Marrakech et tu m’offrais
des colliers de pierres. Tu avais 30ans, j’en avais 24, tu étais grand, et
silencieux, j’étais petite et bavarde.
C’en était trop, mon père qui meurt dans un tragique accident
de voiture, puis mon amoureux qui se suicide un an après, tous les deux en Septembre,
mois grisâtre et cruel…
Je t’aime Naoufal, me voilà dire ton prénom pour la première
fois…
Je me demande ce que je fais encore là après vous…vous avez
fait de moi la femme la plus malheureuse de la terre, toi et mon père, je suis
dans le brouillard, pire encore je suis dans le néant…
Vous m’avez quittée et j’ai quitté mon corps depuis, je me
suis transformée en une carapace vide sans vie ni espérance…
Chez nous on dit que les suicidés iront en enfer, les
martyres au paradis, mon père est un martyre, mon amoureux est un suicidé. Je
me suis faite une terre promise, neutre, dans ma nouvelle religion, sans
paradis ni enfer, sans châtiment, sans jugement dernier, juste une terre je pourrais rencontrer mon père et mon
amoureux…
C’est le nouvel an, je pense à toi Naoufal. C’est Janvier et
c’est bientôt l’anniversaire de mon père…en réalité vous m’avez jamais quittée.
J’ai toujours cru que ce n’était qu’un canular de mauvais goût, et qu’un beau jour
vous allez m’appeler et me dire que vous vous êtes disparus juste par ce que
vous avez eu besoin de vous retrouvez seuls, pour faire le point...et vous
allez me revenir encore plus vivants qu’avant, et vous allez me prendre dans
vos bras, et vous allez me serrer jusqu’à l’étouffement, et vous allez me dire
que je n’ai pas trop changé, et vous allez me faire des remarques sur ma
nouvelle coupe de cheveux, et vous allez m’inviter au café du canal pour boire
un gros chocolat et vous allez me dire que je vous ai manqués autant que je
vous ai aimés…
22 octobre 2006
peau ridée...
Une dame de 81 ans, rayonnante et belle, le cœur ridé mais
heureux…une dame assise à la terrasse d’un café…une dame qui ne peux plus marcher
mais qui a la jeunesse au fond des yeux…une dame silencieuse, habillée en noir,
élégante et triste…une dame noyée dans un bouquin…une dame qui fume avec des
doigts tremblants…une dame qui écrit avec une écriture trébuchante…une dame qui
ressasse les anciens amours, l’insouciance de la jeunesse, les canulars de l’adolescence
…une dame qui n’a pas fait l’amour depuis longtemps, mais qui garde le souvenir
du plaisir dans son corps…une dame qui aime bien ses rides, qui aime bien sa
vieillesse, qui aime bien le temps coincé dans sa peau…une dame qui a cessé de
croire en dieu mais qui n’a pas peur de la fin…une dame féministe, forte et
fragile, sensuelle et raisonnable…une dame qui n’a plus de chéri, qui n’a plus
d’enfant mais qui n’est pas seule…une dame qui a le sourire large et le rire
éclatant…une dame qui a les larmes dans le rire, qui ne se soigne plus, et qui
est bien dans sa peau…
15 octobre 2006
Le mensonge
Ses mots ressemblent au rêve d’un rêve tellement ils sont beaux.
Ce qui m’a attirée chez lui c’est son corps bien fait, son ventre plat, ses
fesses fermes, ses épaules larges et la couleur caramel de sa peau. J’adore la
peau imbibée du désir du sud. Je ne me suis pas trompée quand il m’a touchée, il
y a une sensualité enivrante dans ses gestes et j’ai aimé le goût de ses lèvres.
Il m’a dit : « tous les hommes sont des lâches », il a bien dit tous les hommes, il n'a pas fait d’exceptions…
Ça aurait était beau si le baiser était enlaçant mais c’était juste une plaisanterie, une drôle de rencontre sans drame ni cris. Je garde le souvenir de son baiser dans le vertige du désir.
Je ne veux pas le comprendre, je veux juste essayer de le décrire, mais il va falloir trouver des mots étranges pour le cerner, des mots qui s’accordent mal entre eux, des mots qui tissent une toile fragile de rêves, puis disparaissent sous un coup de vent, des mots que le mensonge a avalés.
Peut être que je me suis tout inventée, peut être que tout n'était qu'une fiction où tout aurait était possible, mais son image ne me séduit plus. Seulement, je garderais de lui un souvenir très vif justement parce qu'il ne savait pas que je l'ai dévoilé.
05 octobre 2006
entre temps...
J’écrivais dans ma tête,
j’écrivais la nuit dans le noir, dans le silence, je me fabriquais de
belles
images, de beaux scénarios, des tapis de mots, des mots lumineux,
des mots perlés, des mots étincelants…je portais ces mots que je génère
en moi,
je me balade avec, je dors avec, je vis avec, des mots inconnus,
habituels, qui racontent l'amour, la déception, l'angoisse, l'espoir,
le gardien de la paix que le hasard a mis sur mon chemin, la
voix de la femme de mon ex au bout du fil, mes sanglots sur
l’épaule de mon meilleur ami, l’aveugle qui a tout vu et qui voulait
juste ma compagnie, me promettant
des dessous de soie et des séjours en Thaïlande, ma mère qui vit mon
départ comme un meurtre
silencieux et sa voix blessée qui me rappelle ma vanité...ma vie est
devenue une sorte de religion sans châtiment ni jugement dernier...ce
pourrait être l’état idéal de mon existence…
21 août 2006
Mein Schmerz…
De quatre années
d’absence surgit l’image d’un père fantôme, un père devenu notre légende
tellement on le sollicite dans son absence inhabituelle…
« Il nous a laissé seuls, tous seuls mes pauvres
enfants et je suis l’oiseau qui doit continuer à voler avec une seule
aile »…
Très cher papa…Tu m’as laissée enfant gâtée ne comprenant rien à la vie, tu me protégeais trop au point que tu m’as
laissée tellement fragile que rien que le regard qui se posait sur moi me faisait
mal, et j’avais mal partout de ton absence papa, les autres me faisaient mal, la vie
me faisait mal, le Maroc me faisait mal, j’étais mal…tout a bousculé brutalement, mais
je montrais rien, ils disaient que j’ai supporté le choc, que j’étais forte,
mais ils savent pas que je te pleure chaque nuit avec hystérie, ils savent pas
que mes croyances les plus ancrées se sont écroulées, que ma foi n’est plus…ils
savent pas que chaque jour était une peine lourde, une punition, une malédiction,
sans toi, ils savent pas que la maladie m’a rangée, que je cache ma faiblesse
derrière mon sourire niais, que je dis que tout aille bien, mais je me tord de
l’intérieur tellement la douleur me déchire, ils savent pas que je me bourre d’antidépresseurs,
d’anxiolytiques, de somnifères, que je m’oublie dans la fumée, que je flotte
dans l’alcool, et que j’arrive à maquiller la peine qui me range avec le talent
d’une comédienne…ils savent pas que j’ai essayé de te rejoindre, et que j’y pense encore sans cesse ces
derniers temps… ils savent pas que quand je visite ta tombe, je me vois déjà
à côté de toi et je pleure
intérieurement mon départ solitaire…
Ils ont rien remarqué
quand j’ai décidé de me laisser mourir de faim, j’avais perdu 13 kilos en
6mois, je voulais disparaître… j’étais morte de trouille de la mort brutale et
violente , j’ai voulu m’éteindre doucement et lentement, comme une bougie…ils ont
dit que j’étais en régime mais c’était faux.
Ils n’ont encore rien vu quand je me balançais de ma fenêtre en faisant semblant de nettoyer les vitres,
le vide était tentant et la chute était éminente.
Ils n'ont encore rien compris quand je mettais ma tête dans le frigo, quand je passais des heures dans les
rayons frais des supermarchés, et chez les bouchers à regarder la chair rouge et nauséabonde.
Ils
n'ont rien vu quand je courrais jusqu’à mon dernier souffle, jusqu’à la cyanose,
quand j'ai teint les cheveux en blonds, quand je me suis faite un
tatouage sur l’épaule gauche pour drainer mon cœur souffrant…
Mon très cher papa…j’avais
23ans quand t’es parti, mais j’étais toujours ton enfant, ta présence me procurait
une sécurité intérieure et extérieure, psychique et matérielle, je n’ai pas
développé des griffes grâce à ta bienveillance, mais ta disparition m’a arrachée
mes dents, m’a enlevée ma langue et ma dépourvue de tous mes moyens de défenses
et de revendications que je ne
sais plus que ressasser ce passé qui me file entre les sillons de ma mémoire
poignardée.
